La ministre des Finances veut une lutte musclée contre les fraudeurs
Le jeudi 14 février 2008MONTREAL - La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, tient à ce que les "criminels de luxe" que sont les fraudeurs en matière de crimes économiques soient traduits devant les tribunaux pour y répondre de leurs actes et puissent être condamnés à de longues peines de prison et à de fortes amendes.
Devant quelque 150 personnes réunies mercredi par l'Association du Barreau canadien, qui tenait un colloque sur les récents scandales financiers au Québec, la ministre a fait valoir que le temps était venu de prendre les moyens pour lutter plus efficacement contre les crimes économiques. Elle a identifié quelques zones de blocage.
Elle a cité le cas aux Etats-Unis d'un ancien dirigeant d'Enron condamné à 24 ans et quatre mois de prison et à une amende de 45 millions $, tandis que deux dirigeants de Tyco International ont été condamnés à 25 ans de prison chacun et à des amendes de 70 millions $ et 35 millions $.«Qu'en est-il de ce côté-ci de la frontière? Dans BRE-X, rien. L'accusé a été innocenté parce que la preuve a été jugée irrecevable. Dans Castor Holding, rien. L'affaire traîne devant les tribunaux depuis plus de dix ans», a déploré la ministre.
«Il y a un coup de barre à donner pour montrer que de ce côté-ci de la frontière on ne rit pas avec les crimes économiques», a-t-elle ajouté.
À son avis, les scandales à répétition ébranlent la confiance des investisseurs et des épargnants.
«Il faut se donner des lois qui ont des dents et qui sont applicables», a indiqué la ministre, en soulignant l'impossibilité actuelle pour un organisme réglementaire comme l'AMF de communiquer son dossier d'enquête à la GRC, pour l'outiller dans son enquête criminelle.
«Tout ce travail a dû être repris à zéro par la GRC», a-t-elle avancé.
La ministre s'en est pris ensuite aux équipes intégrées de la police des marchés financiers (EIPMF) en place à Toronto, Vancouver et Montréal depuis la fin de 2003. «Cela se voulait un pas dans la bonne direction, mais cette approche intégrée n'existe tout simplement pas», a-t-elle lancé.
Au passage, Mme Jérôme-Forget a décoché une flèche à l'endroit de la GRC en citant un rapport du 25 octobre 2007, de Nick Le Pan, conseiller spécial du commissaire de la Gendarmerie royale du Canada. Celui-ci dénonçait la piètre gestion des équipes intégrées, pour leur manque de leadership, de coordination, de cohésion, de souplesse et de communication.
La ministre a dit avoir acquis la conviction que la clé du succès dans toute enquête de crime économique réside dans l'échange d'information et le travail d'équipe.
«Il faut faire ce pas au Canada. Il faut davantage travailler ensemble et nous unir contre les criminels à cols blancs», a-t-elle prôné.}






