Les syndicats et le Barreau lancent les audiences nationales
Le mardi 11 décembre 2007MONTREAL - Les syndicats proposent différents moyens pour encadrer le port de signes religieux au travail. Le Barreau du Québec, de son côté, s'oppose à ce qu'on donne plus de poids à certains droits, comme l'égalité homme-femme, dans les chartes.
Témoignant lors de la première journée des audiences nationales de la Commission Bouchard-Taylor, lundi, le bâtonnier du Québec, Michel Doyon, s'est opposé à l'idée d'accorder plus de poids à certains droits, comme l'égalité homme-femme, lorsqu'on évalue une demande d'accommodement pour motif religieux.«Le Barreau croit que les droits sont tous égaux et qu'on ne peut commencer à hiérarchiser des droits et donner des priorités à certains droits sur d'autres. Par exemple, est-ce que c'est l'égalité entre les hommes et les femmes ou le droit à la vie qui est le plus important? Quels sont les droits qui sont les plus importants? Ca peut être très dangereux de commencer à vouloir avoir des droits très forts et des droits moins forts ou mineurs», a opiné le bâtonnier du Québec.
Ce concept de la préséance de certains droits a été souventes fois abordé devant la commission sur les accommodements raisonnables, plusieurs groupes et personnes ayant demandé qu'aucun accommodement ne soit accordé s'il contrevient à l'égalité homme-femme.
Syndicats
La CSN, quant à elle, continue de prôner sa charte de la laïcité qui s'exprimerait dans la neutralité de l'Etat et dans ses institutions. Dans le système d'éducation, par exemple, elle voudrait que les professeurs ne puissent porter de signe religieux ostentatoire.
«Au primaire et au secondaire, souvent les enseignants sont identifiés comme étant des modèles. Il y a peut-être lieu d'interdire de façon manifeste l'expression des convictions religieuses ou, à tout le moins, des signes ostensibles. Ca ne dispose pas, bien sûr, du respect de la liberté de conscience de ces personnes», a commenté la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.
La FTQ, qui compte plusieurs dizaines de milliers de membres provenant des communautés culturelles, a rejeté l'idée d'une charte de la laïcité comme la CSN. «Trop contraignant», a tranché le secrétaire général René Roy, interrogé après sa comparution devant la commission. La FTQ veut tout de même des balises pour guider les gestionnaires et éviter les exagérations.
La plus importante centrale syndicale veut qu'on laisse aux conventions collectives le soin de régler à l'interne les questions d'accommodement, comme les syndicats le font déjà pour des travailleurs accidentés du travail qui reviennent à leur poste, par exemple.
La FTQ réclame aussi la «neutralité vestimentaire» pour les employés de l'Etat et les députés, les juges, avocats et policiers. «On pense que la police doit être habillée comme une police et quand ils sont en dehors de la police, ils ont droit de porter tous les signes religieux qu'ils veulent. Je ne suis absolument pas d'accord avec eux que, pour faire un travail, ils ne sont pas capables d'enlever leur voile ou leur identification religieuse. Ce n'est pas la place», a opiné M. Roy.
La Centrale des syndicats du Québec, qui représente la majorité des enseignants du primaire et du secondaire, a réclamé une «loi fondamentale» pour définir clairement les valeurs communes de la société québécoise. Cette loi primerait sur les autres lois du Québec et préciserait, par exemple, que l'exercice d'un droit inscrit dans la charte ne pourrait avoir pour effet de restreindre l'égalité entre les hommes et les femmes.
Le Syndicat de la fonction publique du Québec, quant à lui, a proposé d'étendre le droit de réserve - qui empêche les fonctionnaires d'afficher leur allégeance politique - à l'appartenance religieuse. Il souhaite ainsi interdire à l'ensemble des employés de l'Etat et des services publics le port de tout symbole religieux ostentatoire au travail.
Autres
La Fédération des femmes du Québec, quant à elle, a affirmé qu'il était possible d'être féministe et de porter le voile, contrairement à ce que pensent certains. On ne peut conclure automatiquement que le port du voile contrevient à l'égalité homme-femme, a opiné la présidente de la FFQ, Michèle Asselin.
La FFQ n'a toutefois pas pris position sur le port de signes religieux ostentatoires par les travailleurs de l'Etat.
Le Parti libéral du Québec a présenté à la commission le mémoire qu'il avait dévoilé la veille, en conférence de presse. De passage à Péribonka, le premier ministre et chef libéral Jean Charest a défendu la proposition du PLQ d'une «déclaration de connaissance» que devrait signer un candidat à l'immigration pour montrer qu'il est au fait des valeurs communes québécoises.
«Une personne qui vient chez nous, on a un devoir de l'accueillir. Puis l'accueillir, c'est l'informer des conditions dans lesquelles elle devra venir faire sa vie et cela fait partie de ce que nous voulons au Parti libéral du Québec», a affirmé M. Charest.}






