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Le juge au procès de Vincent Lacroix est inquiet face aux attentes du public

Le jeudi 13 décembre 2007

MONTREAL - Au lendemain du verdict de culpabilité rendu à l'endroit de Vincent Lacroix, le juge Claude Leblond s'est dit inquiet, mercredi, des attentes du public concernant la peine qu'il imposera au président déchu de Norbourg. Il a senti le besoin de s'en ouvrir sur le banc, dans un échange avec l'avocat de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Les commentaires du juge Leblond sont venus après le dépôt par l'AMF des résultats d'une étude menée pour les Autorités canadiennes en valeurs mobilières, en juillet 2007, démontrant que 70 pour cent des 5868 Canadiens interrogés sont d'avis que les fraudeurs «s'en tirent en général» et que, même s'il se font prendre, ils «se font habituellement imposer tout au plus une peine légère».

«Je me questionne sur la pertinence de cet élément, ne serait-ce que pour passer le message», a dit le magistrat.

«Les juges ne décident pas en regard de la clameur publique. Quelle est la valeur sur le plan juridique de savoir que sept Canadiens sur dix pensent ainsi?», a-t-il demandé à Me Eric Downs.

«Le juge ne peut rien y faire. Il décide en fonction des règles de droit et non pas en fonction des perceptions populaires», a-t-il ajouté.

Le juge Leblond a indiqué avoir constaté que les affaires judiciaires étaient abondamment couvertes par les médias, ce qui ne manquait pas de créer des attentes dans le public.

Le juge a dit avoir entendu les cris du coeur des investisseurs floués, en détresse, qui venaient de témoigner devant lui, mais, a-t-il soutenu, «en bout de ligne, la décision revient au tribunal qui aura soupesé tous les facteurs».

«La population a de la difficulté à comprendre que le juge ne s'en tient pas à sa discrétion personnelle, mais à sa discrétion judiciaire», a-t-il renchéri.

Par la suite, comme l'AMF avait fini sa présentation, le juge s'est tourné vers Vincent Lacroix pour savoir s'il entendait présenter des témoins ou témoigner lui-même pour l'éclairer quant à la détermination de la peine.

«Après 50 jours de procès, je connais les circonstances factuelles. Est-ce que je connais toutes les circonstances?», a-t-il demandé à Lacroix.

Ce dernier a indiqué qu'il aura des choses à dire, jeudi, et peut-être un ou deux témoins à faire entendre.

En matinée, des investisseurs floués ont témoigné de leur détresse d'avoir perdu leur fonds de retraite, leur santé et leur joie de vivre. L'émotion était à son comble, au point où même la préposée du juge qui entend des témoignages depuis des années, à longueur de journée, pleurait abondamment.

Pour sa part, Vincent Lacroix s'est comporté comme s'il n'était aucunement concerné, comme s'il n'avait rien à voir avec la détresse des témoins.

En fait, Lacroix a adopté le même comportement que la veille lors de la lecture du jugement dévastateur du juge Claude Leblond. Il prenait des notes, ne regardait que rarement le témoin et n'affichait aucune émotion. Il demeurait de glace alors que les témoins pleuraient abondamment et racontaient la misère financière et psychologique dans laquelle ils avaient été subitement plongés en août 2005.

La situation est devenue particulièrement loufoque quand l'AMF a proposé le visionnement d'une interview télévisée accordée par Lacroix trois jours après la perquisition dans les bureaux de Norbourg, au centre-ville, en 2005. Vincent Lacroix notait ses propres propos.

Sans sourciller et à plusieurs reprises, il assurait dans cette interview que «les investisseurs vont retrouver tout leur argent», qu'il s'y employait, de concert avec le syndic. Le juge Leblond semblait ne pas en croire ses oreilles.

Le témoignage le plus pathétique a été rendu par Diane Ruest, une retraitée d'Hydro-Québec, dont le fonds de retraite avait été lourdement affecté dans les mois suivants le 11 septembre 2001 et qui perdu la presque totalité des fonds restants dans l'affaire Norbourg.

«J'étais anéantie», a confié Mme Ruest, âgée de 62 ans. Elle a cherché du travail à Rimouski où elle habitait, en vain. Personne ne voulait l'embaucher à temps plein. Elle a déménagé à Trois-Rivières où elle ne connaît personne, laissant derrière elle sa soeur, victime d'un accident vasculaire cardiaque et dont elle s'occupait depuis des années. La vie est devenue tellement noire qu'elle a songé au suicide. En raison de son travail à temps plein dans un centre d'appel, elle passera seule Noël et le Jour de l'An et ne pourra aller voir sa soeur qu'au début du printemps, si son automobile usagée de 4000 $ tient le coup jusque-là.

Vincent Lacroix ne lui a pas posé de question.}