Cogeco abandonne TQS en blâmant la SRC et le CRTC; y aura-t-il un acheteur?
Le mercredi 19 décembre 2007MONTREAL - Un mois et demi après avoir mis TQS en vente, les deux actionnaires du réseau de télévision, Cogeco et CTVglobemedia, ont abandonné la partie, mardi, et placé le diffuseur sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.
«Ce n'est donc pas de gaieté de coeur que nous faisons ce que nous faisons aujourd'hui, mais bien plutôt dans une ultime tentative pour donner une nouvelle chance à TQS en formulant le voeu que ce geste soit l'occasion pour le milieu canadien et québécois de la télédiffusion généraliste de se remettre en question et de faire les choix qui s'imposent pour l'avenir d'une télévision généraliste en santé au pays», a déclaré en conférence de presse le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet, qui préside aussi le conseil d'administration de TQS. Ces dernières semaines, la firme Marchés mondiaux CIBC, retenue par les actionnaires de TQS, a contacté pas moins d'une trentaine d'acheteurs potentiels pour le réseau. Cinq d'entre eux ont montré de l'intérêt et obtenu des renseignements confidentiels sur l'entreprise, mais aucun n'a daigné présenter une offre d'achat. «Et pourtant, nous étions très flexibles quant aux conditions auxquelles une transaction aurait pu se faire», a confié M. Audet. La firme RSM Richter, nommée mardi contrôleur de TQS par le juge Pierre Journet, de la Cour supérieure, espère que la protection de la Loi permettra enfin au diffuseur d'attirer des offres d'achat. Grâce à la Loi , TQS pourra plus facilement rompre des contrats, réorganiser ses activités et renégocier les conventions collectives conclues avec ses employés. «Il y a des possibilités nouvelles qui s'ouvrent», a souligné M. Audet. Le président et chef de la direction de TQS, René Guimond, a néanmoins assuré mardi que pour l'instant, l'entreprise n'avait pas l'intention de demander des concessions à ses employés, ni de supprimer des postes. Il faut dire qu'en octobre, le diffuseur avait licencié une quarantaine de travailleurs. «Aux employés, on ne peut pas demander plus», a résumé M. Guimond, en promettant de maintenir les activités normales du réseau. Deux possibilités s'ouvrent maintenant pour TQS, selon Louis Audet : passer sous le contrôle d'un repreneur qui apportera au réseau «un concept de programmation qui lui est unique», ou d'un grand groupe «qui, en opérant un regroupement avec des activités existantes, pourra générer des économies que nous, comme opérateur seul, ne pouvions pas réaliser». On songe à des géants comme Quebecor, Gesca (Power Corporation), Rogers, Astral et Corus. Pour Cogeco, qui avait acquis sa part de 60 pour cent de TQS de Quebecor Media en 2002, l 'annonce de mardi représente la fin de l'expérience télévisuelle. Rentable quelques années En 2002, l 'investissement de Cogeco dans le réseau valait 107,6 millions $, contre 72,3 millions $ pour celui de CTVglobemedia. Cogeco devra inscrire une deuxième et dernière radiation liée à TQS dans ses résultats du prochain trimestre. Pour donner un peu d'oxygène au réseau, Cogeco a accepté d'allonger 12 millions $ afin de garantir la dette bancaire de TQS, ce qui lui permettra de survivre au moins un mois et demi sans autre apport financier. La dette bancaire de TQS s'élève actuellement à 15,4 millions $, à quoi il faut ajouter d'autres créances pour un endettement total de plus de 68 millions $. TQS, qui a un chiffre d'affaires dépassant les 100 millions $ par année, compte environ 650 employés. Ses pertes avant intérêts, impôts et amortissements ont été de 5,5 millions $ cette année et de 6,4 millions $ en 2006. Selon la requête déposée en Cour, TQS éprouve depuis 2006 des problèmes de liquidités qui la forcent à retarder le paiement de ses comptes. L'entreprise a toutefois dégagé un bénéfice d'exploitation de quelques millions de dollars entre 2003 et 2005, après avoir été chroniquement déficitaire depuis sa fondation, en 1985. Louis Audet a une fois de plus, mardi, blâmé la Société Radio-Canada et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour les problèmes de TQS. Cogeco n'a toujours pas digéré la décision de la société d'Etat de se désaffilier des stations régionales de TQS à Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay - qui fera doubler la perte du réseau privé, d'après Cogeco - pas plus que la décision du CRTC de refuser des droits d'abonnement aux télévisions généralistes. M. Audet a aussi accusé Radio-Canada d'avoir fait de la «surenchère» pour l'acquisition de séries nationales et internationales, ce qui «a fait croître le coût par unité d'auditoire à rejoindre d'une façon absolument démesurée». «Radio-Canada regrette la situation dans laquelle TQS se trouve», a assuré la société d'Etat dans un communiqué, en ajoutant qu'elle ne s'estimait «aucunement responsable de la précarité de ce réseau». La volatilité du marché publicitaire, la forte croissance des canaux spécialisés et la petite taille du marché francophone sont aussi à blâmer, selon Radio-Canada. La Fédération nationale des communications de la CSN , à laquelle sont affiliés la plupart des syndicats de TQS, est du même avis. Sa présidente, Chantale Larouche, s'est réjouie de la volonté de la direction de TQS de trouver des solutions et a juré que les employés ne baissaient pas les bras. De leur côté, le premier ministre Jean Charest et la ministre de la Culture , Christine St-Pierre, ont déploré la situation et dit craindre qu'une éventuelle disparition de TQS ne menace la diversité des médias d'information. Le titre de Cogeco a clôturé mardi à 37,47 $, en hausse de 3,8 pour cent, à la Bourse de Toronto. }





