La question du foulard islamique refait surface à Bouchard-Taylor
Le jeudi 15 novembre 2007LAVAL - La question du port du foulard islamique est revenue dans les échanges devant la Commission Bouchard-Taylor, mercredi, le Centre de santé et de services sociaux de Laval ayant révélé qu'il avait reçu une demande d'une employée pour porter le voile au bloc opératoire, tandis qu'un citoyen opposé au voile a vivement échangé avec le coprésident Gérard Bouchard sur le sens de ce voile.
Le directeur général du CSS de Laval, Luc Lepage, a ainsi révélé qu'une inhalothérapeute avait demandé de pouvoir porter son voile au bloc opératoire.Interrogé après son passage devant la commission, M. Lepage a indiqué que «la réponse a été non, à cause de la prévention des infections». La décision finale reste toutefois à venir, un comité se penchant sur la question.
M. Lepage et sa conseillère sur ces questions, Marie-Eve Bouthillier, ont expliqué que le Centre de santé et de services sociaux avait formé un groupe de travail sur la question des accommodements et de la «personnalisation des soins», puis mené une consultation, avant de déterminer des balises pour juger de la validité de ces demandes. Plusieurs de ces demandes avaient trait à la langue parlée par l'intervenant en santé, au choix du sexe de cet intervenant ainsi qu'au respect de coutumes et fêtes religieuses.
Entre autres balises, le CSS a posé celles du respect absolu des règles d'hygiène, des coûts qu'un accommodement pourrait représenter et du fait qu'un éventuel accommodement ne doive pas enfreindre les droits des autres patients ou usagers.
Le CSS a même mis en place une formation destinée aux gestionnaires de la santé afin de «leur donner des habiletés de communications interculturelles».
M. Lepage a dit recevoir à l'occasion des demandes pour pouvoir choisir le sexe du personnel soignant, la préférence étant pour une femme, pour des raisons religieuses. Devant de telles demandes, «on lui dit qu'on ne peut pas garantir un médecin du sexe de son choix, mais qu'on va faire l'effort» pour essayer de satisfaire sa demande.
Pour le reste du personnel soignant, il affirme être incapable de fournir un tel service. «Je ne peux pas réserver du personnel féminin partout dans l'hôpital.»
Echange soutenu sur le voile
D'autre part, le coprésident Bouchard s'est porté à la défense des musulmanes qui veulent porter le voile au Québec, devant un citoyen assez articulé et opposé au port de ce voile.
Le Lavallois en question, Jean Martel, voit un symbole d'oppression dans ce voile et il s'est demandé jusqu'à quel point la femme musulmane avait réellement la liberté de le porter ou non, compte tenu de son conditionnement social et religieux.
«Cette jeune femme qui réclame la liberté de porter son voile en public ne réclame rien d'autre que le droit d'être asservie, même si elle utilise le mot liberté, pour ce faire», a lancé M. Martel.
«Le sacré, étalé sous les yeux du laïc, lui est tout aussi offensant que le sacre à la face du croyant», a affirmé fermement M. Martel.
Sa sortie n'a pas eu l'air de plaire au coprésident Bouchard, qui a soutenu que «plusieurs musulmanes, même célibataires» et dans la vingtaine, portaient le voile par choix, «pour l'épanouissement de leur personnalité».
«Vous ne semblez pas reconnaître qu'il puisse y avoir une autre catégorie de femmes qui le portent pour d'autres raisons, dans un contexte très différent et qu'on ne peut pas assimiler à de la contrainte ou à de la soumission, mais qui le portent par choix. Pourquoi cette horreur du foulard?», a demandé M. Bouchard.
M. Martel a répliqué calmement qu'à ses yeux, on essaie alors de faire passer un symbole d'oppression de la femme pour une liberté religieuse.
La Commission a également entendu un témoignage étonnant, en ce qu'il venait d'une femme d'origine indienne, s'exprimant en français et qui s'opposait farouchement aux accommodements raisonnables.
Flora Almeida, arrivée en 1989, qui était comptable agréée en Inde, croit que les accommodements nuisent ultimement à l'intégration. «Dans mon esprit, pourquoi c'est un non à l'accommodement raisonnable? Parce que c'est un non à la ségrégation, c'est un non au favoritisme, c'est un non à l'injustice, non à la partisanerie politique, non aux groupes lobbyistes, non à la destruction du patrimoine du Québec, non à l'inégalité entre citoyens, non à la ghettoïsation, non au contrôle du peuple par les petits groupes», a-t-elle dit.
Même si elle est d'origine indienne, elle s'oppose au port du kirpan à l'école. «Apporter le couteau à l'école, est-ce que ça va donner de l'intégration?» s'est-elle interrogée à voix haute.}









