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L'ancien chef de la mission de l'ONU au Rwanda témoigne dans le procès d'un auteur présumé de crimes

Le mercredi 03 octobre 2007

MONTREAL - L'ancien général Roméo Dallaire, qui dirigeait la force de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda, a décrit à Montréal, mardi, de quelle façon des barrages routiers se multipliaient dans le pays dans l'unique but d'identifier puis de tuer des Tutsis, en 1994, lors du génocide.

M. Dallaire a livré son témoignage dans le cadre du procès pour crimes de guerre de Désiré Munyaneza, accusé d'avoir mené des attaques contre des membres de la minorité Tutsi à l'Université nationale du Rwanda et au sud de la capitale, Kigali. Le génocide a fait au moins 500 000 morts.

L'ancien général a affirmé que les barrages routiers établis par la milice appuyée par le gouvernement ne servaient aucun objectif militaire.

«Ils étaient tout simplement là à des fins de nettoyage ethnique», a-t-il déclaré devant la Cour supérieure du Québec.

«Ils n'avaient aucune valeur militaire ou technique», a-t-il ajouté. «C'était purement pour détruire des êtres humains».

Munyaneza fait face à deux chefs d'accusation de génocide, deux chefs de crimes contre l'humanité et trois chefs de crimes de guerre dans le cadre de ce procès qui constitue une première en vertu de la loi sur les crimes de guerre adoptée en 2000 par le Canada, qui permet de juger des faits ayant eu lieu à l'étranger. Il a plaidé non coupable.

Bien que le général Dallaire et Munyaneza ne se soient jamais croisés, les procureurs doivent établir que l'accusé a pris part à une «attaque générale et systématique» contre un groupe ethnique particulier afin de prouver l'existence d'un génocide et de crimes contre l'humanité, selon les dispositions de la loi sur les crimes de guerre.

Plus tôt lors du procès, plusieurs témoins ont présenté Munyaneza comme le chef d'un groupe de miliciens ayant commis des dizaines de viols et de meurtres.

Mardi, le général Dallaire a raconté de quelle façon les viols et les meurtres s'étaient répandus à travers le pays, perpétrés par les membres de la milice Interahamwe, dont Munyaneza était un meneur, selon plusieurs témoignages.

L'ex-général a raconté avoir trouvé des piles de cartes d'identité de Tutsis à moitié brûlées sur les lieux de massacres.

Il a également déclaré que des groupes de centaines de Tutsis étaient autorisés à trouver refuge dans des églises, où ils étaient finalement massacrés, un processus qui pouvait durer plusieurs jours.

Aujourd'hui âgé de 61 ans, M. Dallaire, alors général, s'était vu confier la direction de la mission de l'ONU visant à maintenir la paix entre les factions qui s'opposaient lors de la guerre civile rwandaise, lorsque les massacres ont commencé, en avril 1994.

Il avait lancé une mise en garde quant à l'imminence d'un bain de sang et avait à maintes reprises demandé le soutien de troupes étrangères, une fois les tueries lancées. A la place, la majeure partie de sa force a été évacuée et il s'est retrouvé avec quelques centaines de soldats, au plus fort du génocide.

M. Dallaire, aujourd'hui sénateur, souffre de stress post-traumatique.}