Rwanda : un médecin européen témoigne au procès pour génocide de Munyaneza
Le mardi 18 septembre 2007MONTREAL (PC) - Le Rwanda a cessé d'être un endroit habité par des gens «calmes, amicaux» pour devenir le théâtre de scènes de meurtres inimaginables en 1994, a raconté lundi un médecin européen dans le cadre du procès pour crimes de guerre de Désiré Munyaneza, à Montréal.
Le docteur Rony Zachariah, un membre de Médecins sans frontières ayant une grande expérience du travail en zone de guerre, a dit qu'il avait vu, impuissant, des patients et des membres de son personnel tomber aux mains des milices hutues meurtrières, dans la région de Butare. Le Dr Zachariah travaillait dans le secteur où Munyaneza est accusé d'avoir dirigé une bande de brigands soupçonnés de meurtres et de viols, mais le médecin n'a pas relié directement l'accusé à ces crimes. Munyaneza subit son procès sous les accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, en vertu de la nouvelle loi canadienne qui punit ces crimes. La Couronne a requis le témoignage du Dr Zachariah pour tenter d'établir l'ampleur des massacres qui ont été perpétrés. Le médecin a recueilli des photos, des notes et écrit ses souvenirs détaillés des événements avant de fuir le pays, où quelque 800 000 personnes ont perdu la vie. Le médecin a raconté comment des villages et des institutions respectées, dont son propre hôpital, ont été transformés en véritables abattoirs. Le docteur Zachariah a placé son personnel hospitalier en état d'alerte le 6 avril 1994, quand le président hutu du Rwanda, Juvénal Habyarimana, est mort dans un accident d'avion. La tension est devenue vive, a-t-il dit, et la situation a dégénéré rapidement, culminant avec le massacre, le 23 avril, de 150 patients à l'hôpital même. Même une infirmière hutue, enceinte de l'enfant d'un Tutsi, a été tuée. Le médecin a fui le Rwanda le lendemain. Dix jours plus tôt, le 13 avril, le Dr Zachariah entretenait toujours l'espoir illusoire de pouvoir continuer à soigner les malades et les blessés. Il a alors reçu un appel urgent d'un médecin de village lui réclamant de l'aide pour soigner des dizaines de blessés. En se rendant au village, situé près de la frontière avec le Burundi, il a croisé des centaines de réfugiés épuisés fuyant à pied. Au village, il a trouvé une quarantaine d'enfants souffrant de blessures à la machette. Dans les jours qui ont suivi, a-t-il dit, les barricades érigées par des civils et des soldats hutus, de plus en plus agressifs, se sont multipliées sur la route. Il a affirmé avoir vu des victimes être rassemblées comme du bétail avant d'être massacrées à coups de machettes, et des cadavres empilés par centaines tout au long de la route. }







