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La Société canadienne du cancer ne recommande plus l'auto-examen des seins

Le jeudi 27 septembre 2007

MONTREAL - Après avoir prôné l'auto-examen des seins pendant des années, la Société canadienne du cancer a mis fin, mercredi, à cette recommandation, soutenant qu'elle ne contribuait pas à diminuer le taux de mortalité.

«Ce n'est pas que l'auto-examen des seins est un mode de surveillance dangereux en soi, mais l'analyse approfondie qu'a fait la Société des études nous a permis de constater que de faire l'auto-examen des seins d'une manière définie une fois par mois peut engendrer certains inconvénients», a déclaré Line Lafantaisie, du service d'information de la Société, en conférence de presse à Montréal.

En fait, les inconvénients sont plus nombreux que les avantages, selon la docteure Roberta Cormier, clinicienne au CLSC Hochelaga-Maisonneuve.

«On ne peut pas dire que l'auto-examen est une méthode efficace pour détecter précocement le cancer et réduire la mortalité», a affirmé la docteure Cormier.

Ainsi, les nombreuses femmes qui ne pratiquent pas régulièrement l'auto-examen se sentent inutilement coupables, puisque la manoeuvre est associée à un taux élevé de faux résultats positifs.

Plusieurs femmes découvrent des masses ou des bosses qui ne sont pas cancéreuses et se soumettent par la suite à des tests parfois douloureux, comme des biopsies, qui laissent des cicatrices. De plus, l'auto-examen engendre chez certaines femmes un faux sentiment de sécurité, qui va jusqu'à les dissuader de subir régulièrement des mammographies, pourtant le moyen de dépistage le plus efficace.

Le taux de détection du cancer du sein est de tout juste 26 pour cent avec l'auto-examen, contre 85 pour cent pour la mammographie. Il varie entre 42 et 83 pour cent pour l'examen clinique effectué par un professionnel.

Jumelée à cet examen, la mammographie découvre 90 pour cent des cancers.

Conscientisation

Même si elle abandonne la promotion de l'auto-examen systématique, la Société canadienne du cancer continue de recommander activement aux femmes de bien connaître leurs seins en les palpant régulièrement.

Lynda Cotnoir, qui s'est découvert elle-même un cancer du sein sans auto-examen ni mammographie, il y a sept ans, croit que le nouveau mot d'ordre permettra de responsabiliser davantage les femmes. Elle a confessé qu'elle trouvait personnellement «compliqué» l'auto-examen, qui prévoit une marche à suivre détaillée.

«Si on dit aux femmes "vous n'avez pas besoin de connaître la technique, prenez soin de vos seins, vérifiez-les", je trouve que ça devient plus accessible», a-t-elle témoigné.

La Société reconnaît que le changement de cap pourrait être «déroutant» pour certaines femmes. Or, l'Organisation mondiale de la santé et les services sociaux du Royaume-Uni ont déjà adopté cette approche de sensibilisation plus globale.

L'objectif demeure d'augmenter le nombre de femmes qui passent régulièrement des mammographies. A la fin de l'année dernière, au Québec, 51,1 pour cent des femmes de 50 à 69 ans subissaient ce test au moins une fois aux deux ans, tel que recommandé. Mais selon des études épidémiologiques, pour réduire de 25 à 40 pour cent le taux de mortalité dans ce groupe d'âge, il faudrait qu'au moins 70 pour cent des femmes passent régulièrement des mammographies.

La Fondation québécoise du cancer a indiqué mercredi qu'elle s'alignerait sur la nouvelle recommandation de la Société canadienne. La Fondation du cancer du sein, pour sa part, a soutenu qu'elle ne présentait déjà plus l'auto-examen comme une méthode reconnue de dépistage. Même son de cloche au ministère québécois de la Santé, qui doit toutefois prendre position officiellement dans quelques jours.

On estime qu'en 2007, 5900 femmes recevront un diagnostic de cancer du sein au Québec (22 300 au Canada). Quelque 1400 femmes en mourront (5300 au Canada). Le cancer du sein est le plus répandu et est celui qui, après le cancer du poumon, cause le plus de décès.}