Transports Québec pourrait devoir modifier ses procédures d'inspection
Le mardi 10 juillet 2007MONTREAL (PC) - Une fissure aussi étroite que l'épaisseur de quelques cheveux peut causer l'effondrement d'une structure de béton en mauvais état, a révélé lundi l'un des experts de la commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde.
Par conséquent, le ministère des Transports du Québec (MTQ) pourrait devoir modifier ses directives concernant l'inspection des fissures, pour faire en sorte qu'un ingénieur soit alerté aussitôt qu'une fente aussi mince que 0,2 millimètre est constatée.Lors d'une reconstitution en laboratoire, l'un des experts de la commission, Denis Mitchell, professeur de génie civil à l'Université McGill, a découvert qu'une fissure dite "en cisaillement" de 0,2 millimètre pouvait conduire à la fracture complète d'une structure de béton, qui était en fait une reproduction quasi-identique à l'ancien viaduc de la Concorde, à Laval. Ce dernier s'est effondré le 30 septembre dernier, faisant cinq morts et six blessés.
Pour illustrer ses propos, M. Mitchell a présenté devant la commission une vidéo saisissante de la fracture obtenue en laboratoire.
"Ca nous interpelle évidemment", a admis le responsable du MTQ pour la région de Montréal et l'Ouest du Québec, Jacques Gagnon, en point de presse.
"C'est sûr qu'on va prendre acte de tout de ce qui va être mentionné dans les rapports des différents experts (de la commission)", a-t-il ajouté. (...) On est en amélioration continue, alors s'il y a lieu, on va modifier nos normes."
Le MTQ pourrait modifier ses directives avant la conclusion des travaux de la commission, a indiqué M. Gagnon.
"On pourrait les changer demain matin si on jugeait qu'il est nécessaire de le faire demain matin, a-t-il affirmé. (...) Soyez assurés que le ministère ne prendra aucune, aucune chance là-dessus."
Déjà, en avril, le MTQ avait resserré ses directives de façon à ce qu'un ingénieur se penche automatiquement sur toute fissure "en cisaillement" d'au moins 0,8 millimètre, comme c'est le cas en Ontario. Jusque-là, l'intervention d'un ingénieur n'était pas systématique au Québec pour une fissure de cette taille.
Le représentant du MTQ n'a pas pu confirmer qu'un éventuel passage du seuil de 0,8 à 0,2 millimètre requerrait plus de personnel pour effectuer les inspections et en analyser les résultats.
Mais "le budget ce n'est pas un problème quand il est question de la sécurité des usagers", a insisté Jacques Gagnon.
"C'est sûr que la tâche est énorme, a-t-il convenu. On ne se contera pas d'histoires: c'est sûr qu'on regarde les fissures avec un oeil différent depuis l'événement de septembre 2006. Nos ingénieurs en structures sont constamment sollicités pour toutes sortes d'interventions et d'analyses, mais on est encore capables de suffire à la tâche."
Mardi, Denis Mitchell sera contre-interrogé par les avocats du MTQ, entre autres. Plus tard cette semaine, un autre expert de la commission témoignera au sujet du programme d'inspection des structures du ministère.}








