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Les trois chefs jouent leur va-tout en cette dernière journée de campagne

Le lundi 26 mars 2007

MONTREAL (PC) - Les cernes sous les yeux et les traits tirés témoignent de leur fatigue, mais la lutte serrée semble leur faire oublier les 33 jours passés sur les routes du Québec. En cette dernière journée à bord de leur autobus, les chefs des trois principaux partis ont montré autant d'énergie à courtiser les électeurs qu'à écorcher leurs rivaux.

À moins de 24 heures de l'ouverture des bureaux de scrutin, le chef libéral Jean Charest a mis en garde les électeurs contre les forces souverainistes qui ne mettent pas de côté un référendum; le chef péquiste André Boisclair a invité la population à se débarrasser des libéraux; et le chef adéquiste Mario Dumont a répété qu'il ne voulait rien savoir de former une coalition avec le Parti québécois (PQ).
Mais autant que les mots, les trajets des caravanes durant cette dernière fin de semaine de campagne permettent de dresser un portrait de la situation des partis. Samedi et dimanche, l'autobus du PQ et celui des libéraux ont beaucoup sillonné les routes de la Montérégie, de l'Estrie, du Centre-du-Québec et de la Mauricie, visitant respectivement huit circonscriptions par jour, des endroits où les luttes sont très serrées.

Même le chef péquiste a admis que rien n'est joué dans près d'une vingtaine de circonscriptions.

"J'ai regardé attentivement les sondages qui sont faits chez nous et ce sera une lutte très, très, très serrée. Il y a 15-20 comtés où, nous-mêmes, nous avons de la difficulté à voir de quelle façon ça va balancer. Tout est possible pour lundi soir", a expliqué M. Boisclair, qui a sillonné les circonscriptions montérégiennes de Soulanges, Crémazie, Marguerite-d'Youville, Shefford et Chambly, des comtés où la lutte des partis est âpre.

De son côté, l'organisation de l'ADQ a choisi d'arrêter sa caravane dans des endroits où en début de campagne la formation politique n'était même pas dans les cartes, mais où tous les espoirs sont maintenant permis. Dimanche, M. Dumont s'est permis de visiter trois comtés de la région de Québec et du Bas-Saint-Laurent détenus par des ministres et un ex-ministre libéraux.

Les trois chefs ont aussi commenté un peu plus la théorie, lancée la veille par M. Boisclair, de la possibilité de tenir un référendum même sous un gouvernement péquiste minoritaire, et ce, grâce à une coalition avec l'Action démocratique (ADQ).

Cette invitation a rapidement été déclinée par M. Dumont, qui dénonçait, encore dimanche, vivement l'attitude de son adversaire, la comparant à celle d'un homme qui se sent couler vers le fond.

"Il arrive à la dernière journée de campagne, il est au bout d'un corridor, il est tout seul, c'est un homme seul, isolé, toutes les portes sont barrées autour de lui, et là il est un peu comme un noyé qui essaie de faire couler quelqu'un avec lui (...) et non, nous on ne veut pas couler avec lui", a lancé M. Dumont, se disant convaincu que sa vision autonomiste gagne de plus en plus d'adeptes.

Ces propos ne font rien pour convaincre M. Boisclair qui croit que M. Dumont s'est prononcé trop vite et qu'il pourrait encore changer d'idée lorsqu'il verra les conclusions du juge Bernard Grenier, qui enquête sur Option Canada, .

"Evidemment il est en campagne électorale mais, quand il verra les faits, il pourra changer d'avis", a noté M. Boisclair.

Reste que l'idée du chef du PQ a donné des munitions à Jean Charest, qui a fait valoir que seul le Parti libéral est en mesure de bloquer la tenue d'un référendum. Il a mis en garde les électeurs contre ce qu'il considère une nouvelle coalition PQ-ADQ. "André Boisclair parle de refaire sa coalition avec Mario Dumont et l'ADQ, et de faire monter à bord de l'autobus du 'Oui' les mêmes acteurs qui y étaient en 1995", a réitéré M. Charest à de nombreuses reprises, dimanche.

Cet argument a été réduit en miettes par M. Dumont, qui s'est moqué de ses deux adversaires qui tentent de "s'accrocher désespérément à leur job".

De son côté, Québec solidaire a profité de la dernière journée de la campagne pour rappeler ses engagements en matière d'énergie éolienne. En conférence de presse, la porte-parole Françoise David a reproché au gouvernement sortant de Jean Charest son refus d'un projet de construction d'une usine au Saguenay-Lac-Saint-Jean, de même qu'un centre de recherche dans la région de Montréal, dans le cadre d'un mégaprojet de 3000 MW dans le Grand Nord, comme le révélait le quotidien Le Devoir dans son édition de samedi.

Mme David a toutefois précisé que Québec solidaire n'aurait pas accepté le projet tel quel, puisque le parti prône la nationalisation de la production éolienne.

Les autobus rentrent au bercail

La campagne des chefs s'est terminée dans leur circonscription respective dimanche. Lundi, ils se rendront voter puis devront attendre la fermeture du scrutin pour être en mesure de vérifier, devant leur téléviseur, si leurs messages ont porté.

Lundi, environ 5,6 millions d'électeurs pourront se prévaloir de leur droit de vote. Les bureaux de scrutin seront ouverts de 9h30 à 20h. Les électeurs devront avoir en main une carte d'identité valide (carte d'assurance maladie, permis de conduire, passeport canadien, certificat de statut d'Indien, carte des Forces canadiennes).}