Dumont et Charest se distancent des propos d'Harper, Boisclair en remet
Le vendredi 23 mars 2007MONTREAL (PC) - La simple phrase prononcée par Stephen Harper aux Communes a continué à susciter de vives réactions dans les caravanes électorales, jeudi, poussant les deux chefs des partis fédéralistes à se distancer, chacun à leur façon, des propos du premier ministre.
A quatre jours du vote, le chef adéquiste Mario Dumont a carrément dénoncé l'approche du gouvernement conservateur, qu'il qualifie d'ingérence dans la campagne électorale. "Stephen Harper doit être prudent, rester en dehors de la campagne électorale québécoise", a insisté M. Dumont, en point de presse.Un peu moins virulent, le chef libéral Jean Charest n'a pas condamné M. Harper, mais lui a rappelé qu'il n'avait pas son mot à dire dans le choix que feront les électeurs du Québec, lundi prochain. "Ce n'est pas à quelqu'un de l'extérieur du Québec, même si c'est le premier ministre du Canada, à décider ou à chercher à déterminer avec qui il négocie", a lâché M. Charest.
A la Chambre des communes, mercredi, le premier ministre Harper a fait valoir qu'il est "nécessaire" d'avoir un gouvernement fédéraliste à Québec pour que son gouvernement puisse envisager d'entreprendre des discussions sur la façon d'encadrer le pouvoir fédéral de dépenser.
De passage à Montréal jeudi, où il prononçait un discours dans le cadre d'un salon des technologies environnementales, M. Harper s'est tenu loin des journalistes. C'est le sénateur et ministre non élu Michael Fortier qui est venu à sa rescousse, affirmant que M. Harper n'a fait qu'énoncer une évidence.
Quelques heures plus tard, le ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, tentait de calmer le jeu en admettant "qu'il est bien évident que nous allons respecter le choix des Québécois, lundi soir prochain".
Mais bien avant ce recul du gouvernement Harper, le chef du Parti québécois, André Boisclair, ne décolérait pas, lui qui exigeait dès mercredi que ses rivaux remettent M. Harper à l'ordre. Jeudi, M. Boisclair en remettait, accusant le premier ministre du Canada de se livrer à du "chantage", une tactique "pire que les pires stratégies de Jean Chrétien".
En verve depuis plusieurs jours, M. Boisclair ne s'est pas non plus fait chiche de commentaires lorsque est venu le temps de réagir à la directive du Directeur général des élections (DGE), qui permet aux femmes portant le niqab de voter sans avoir à retirer ce voile qui leur recouvre toute la tête sauf les yeux.
En vertu de la directive, ces femmes n'auront qu'à être accompagnées d'un adulte attestant de leur identité pour pouvoir exercer leur droit de vote.
Pour M. Boisclair, le DGE va trop loin. "Je ne vois pas pourquoi il y aurait deux poids, deux mesures. Elles sont obligées de s'identifier pour avoir leur photo sur leur permis de conduire ou leur carte d'assurance maladie, bien c'est la même chose pour pouvoir voter", a expliqué le leader du PQ.
Les deux autres chefs se sont montrés moins loquaces que M. Boisclair. Le chef libéral, Jean Charest, n'a ni condamné ni endossé la directive. Il s'est contenté de lancer un appel au DGE "pour qu'il prenne les mesures nécessaires pour s'assurer qu'on puisse identifier correctement tout le monde".
De son côté, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, qui n'hésitait pas il y a peu à commenter les exemples d'accommodements raisonnables, a refusé de livrer le fond de sa pensée. "Je laisse au DGE le soin de faire son travail, ses interprétations", a dit M. Dumont, en point de presse.
Menant campagne à sa façon, Québec solidaire a dressé en quelque sorte son bilan, jeudi. De passage dans la capitale, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a dit avoir atteint ses objectifs. Elle demeure toutefois réaliste quand vient le temps de parler des résultats envisagés lors du scrutin de lundi.
"Le résultat de lundi soir au plan national sera relativement modeste, mais on sait au terme de la campagne qu'il y a plus que 5 ou 6 pour cent des gens qui partagent les valeurs de Québec solidaire", a fait valoir Mme David.
Candidat controversé, étudiants frustrés
A ce 30e jour de campagne, le chef de l'Action démocratique se sera retrouvé, une fois de plus, face à un candidat qui le place dans l'eau chaude.
M. Dumont a été confronté à d'anciens propos douteux sur les juifs que le candidat adéquiste dans la circonscription d'Abitibi-Est, Gilles Gagnon, tenait sur le site Internet d'une entreprise qu'il a fondée et que le journal La Presse a révélés dans son édition de jeudi. M. Gagnon s'est excusé par voie de communiqué, des excuses que son chef considère suffisantes.
Par ailleurs, quelque 2000 étudiants et travailleurs de l'éducation ont manifesté jeudi dans les rues de Montréal leur mécontentement face aux politiciens, particulièrement ceux du Parti libéral et de l'Action démocratique.
Les manifestants se sont dits extrêmement déçus d'avoir vu M. Charest promettre de transformer la marge de manoeuvre issue du budget fédéral en baisses d'impôt, rappelant qu'il avait toujours évoqué le manque d'argent fédéral pour expliquer le faible investissement dans les services.
Les étudiants sont aussi extrêmement mécontents de l'intention de l'Action démocratique de réduire d'un pour cent les budgets de tous les ministères, incluant celui de l'éducation, alors que c'est exactement le contraire qui est requis, selon eux.}








