Débat: les chefs se préparent, mais le coup est venu d'ailleurs pour Charest
Le lundi 12 mars 2007MONTREAL (PC) - A moins de 48 heures du débat des chefs de mardi, Mario Dumont anticipe une campagne de peur des libéraux contre l'ADQ, André Boisclair a assuré qu'il ne changera pas son image d'un iota, tandis que Jean Charest s'attend à parer les coups, mais ils sont venus de ses propres rangs.
Son député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, a affirmé dimanche aux journalistes que les libéraux n'avaient pas amélioré le système de santé autant qu'ils le prétendent, à l'occasion d'un brunch dans la circonscription de M. Charest."Quand vous regardez notre bulletin de santé, les gens savent que nous avons fait du bon travail, mais peut-être pas aussi bon que nous le prétendons."
Pour illustrer son constat, Pierre Paradis a soutenu qu'aux urgences de l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, en Montérégie, il y avait en moyenne 20 patients sur civières en 2003 et qu'il y en a aujourd'hui 15. M. Paradis a estimé que la situation s'était tout simplement "stabilisée", saluant néanmoins l'"effort surhumain" du ministre de la Santé, Philippe Couillard.
"Vous ne pouvez pas dire aux gens que le problème a été réglé, a-t-il estimé. Je peux dire aux gens qu'il a cessé de se détériorer et qu'il s'est amélioré un petit peu. Les gens veulent entendre la vérité."
En conférence de presse, le chef libéral a refusé de commenter directement les propos du député, se contentant de répéter que son gouvernement avait fait "tout ce qui était humainement possible" pour remettre le système de santé sur les rails.
Tout au long du dernier mandat libéral, Pierre Paradis s'est révélé être un franc-tireur du caucus qui n'hésitait pas à contester les décisions du chef ou de son gouvernement. A sa dernière conférence de presse avant le débat, dans un hôtel de Sherbrooke, M. Charest se préparait plutôt à parer les attaques venues d'ailleurs.
"Ca va être rude pour moi de toute évidence. On va se dire les choses très directement, là: je ne me fais aucune illusion sur qui sera attaqué avec le plus de virulence, le soir du débat. (...) Je m'attends à être la cible de MM. (Mario) Dumont et (André) Boisclair, a-t-il ajouté. Après tout, on est le gouvernement et je suis premier ministre."
Devant cette "pression très forte", Jean Charest a assuré qu'il ne changera rien à sa méthode habituelle de préparation, lui qui en sera à son quatrième débat, si l'on inclut l'exercice de 1997, quand il était chef du Parti conservateur fédéral.
De même, André Boisclair a affirmé dimanche être bien préparé et ne compte nullement changer de style ou d'image, malgré les critiques de certains observateurs. Au cours d'une rencontre avec la presse à Québec, il a soutenu que la présente campagne électorale se mène sur le fond et les propositions des partis, pas sur le style.
"Tout le reste, ça tient beaucoup de la distraction. Le reste: les accents, la forme, le style. Les Québécois sont intelligents et comprennent la qualité de nos propositions. Ils sont là, les vrais enjeux, pas sur les choix de mots, la couleur de la cravate, le style et l'habit que je vais porter."
Il a rappelé que c'est un premier ministre que les Québécois éliront le 26 mars et non un personnage sans profondeur, sans idées, dont l'image seule plaît et passe bien.
"Qu'est-ce qu'on choisit? On choisit un comédien ou un premier ministre? C'est un premier ministre que les Québécois vont élire le 26 mars prochain."
Par ailleurs, à sa dernière sortie devant les médias avant le débat, le leader adéquiste, Mario Dumont, a prédit dimanche que "les Québécois vont se faire dire qu'un vote pour l'ADQ est très 'épeurant' (sic), très dangereux".
Selon lui, les libéraux sentent actuellement le tapis glisser sous leurs pieds et sont nerveux.
"Quand le PLQ a senti les choses glisser, et quand vous écoutez leur vocabulaire des derniers jours, ça semble être le cas, ils sont assez vite sur la gâchette pour les campagnes de peur", a-t-il énoncé.
Le chef adéquiste ne croit pas que les Québécois vont se laisser influencer par cette offensive. Puis, M. Dumont a soutenu qu'il n'appréhendait pas le débat, même s'il reconnaît qu'il constitue un point central de la campagne. Lui aussi a dit s'attendre à être l'objet de tirs nourris.
"On n'est pas naïfs, avec ce qu'on a vu comme genre d'attaques ces derniers jours et ce qu'on a vu comme chiffres (des sondages), on peut s'attendre à ce que le débat soit animé en partie sur notre dos."
Il entend démentir les accusations selon lesquelles il n'a pas d'équipe et ne divulgue aucune prévision financière. Questionné sur les correctifs qu'il entend apporter sur son attitude au débat, par rapport à sa précédente expérience de 2003, il a répondu que cette fois, il ne se laissera pas guider par des stratèges et des faiseurs d'images.
"Là, il y a un juste un 'boss', et c'est moi", a-t-il indiqué, précisant aussi qu'il se sentait "assez zen" à l'approche de ce test important.
Enfin, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a déploré le ton de la campagne actuelle et sa vacuité, tout en se désolant que le consortium des télédiffuseurs n'aient même pas donné suite à la demande de sa formation de participer au débat.
"Je pense qu'il y a beaucoup trop d'agressivité inutile dans cette campagne, a-t-elle commenté en entrevue téléphonique. Je trouve ça extrêmement dommage. Peu de débats de fond: la lutte à la pauvreté, c'est complètement absent, tous les sujets autour de l'inclusion des immigrants, on n'en parle pas, on parle très peu d'environnement. On se demande vraiment de quoi on parle, sinon pour faire du 'bashing', pour s'insulter d'un côté ou de l'autre."
S'il prend le pouvoir, Québec solidaire s'est engagé dimanche à construire 4000 logements sociaux par année et à rehausser la prestation de base d'aide sociale de 548 à 828 $.
Le débat des chefs sera télédiffusé mardi de 20h à 22h en direct du parlement.}








