La jalousie une preuve d'amour ou d'insécurité?
Le jeudi 08 mars 2007
Par Josée Laferrière de la revue Madame
Un regard de trop porté sur votre amoureux par une pseudo Claudia Schiffer attise votre jalousie? Vous croyez que ce pincement au coeur est normal, qu'il est le signe de votre attachement? Eh bien, détrompez-vous! Il est plutôt le signe d'une «faiblesse»: le manque de confiance en vous!
L'amour et la jalousie: un couple indissociable?
On a toutes déjà ressenti une pointe de jalousie en couple. N'est-ce pas là une preuve d'amour? «Non, la jalousie est plutôt un MANQUE d'amour envers l'autre... et surtout, envers soi. Quand on aime, il est normal de montrer son attachement, mais il faut le faire par des signes positifs. Quand on est fâchée parce qu'il y a une belle fille dans les parages ou qu'on suspecte toujours notre conjoint du pire à la moindre occasion, on est certes une personne qui manque de confiance... Voilà le fondement même de la jalousie», estime la psychologue Paule Mongeau.
Mais n'y a-t-il pas une jalousie saine, positive, voire «normale», et une jalousie destructrice?
«Aucune, si minime soit-elle, n'est saine. Notre partenaire n'est pas un objet, il ne nous appartient pas. Évidemment, il y a différents niveaux de jalousie et les torts qui lui sont associés sont proportionnels. Mais, même en ressentant ne serait-ce qu'un peu de jalousie, on est quand même animé par un problème qu'on a en soi et c'est notre manque de confiance... Et ce sentiment peut être destructeur à plus ou moins long terme, notamment par le mal qu'il provoque et la liberté qu'il brime», affirme Mme Mongeau.
Alors que dire des personnes qui jouent à rendre leur partenaire jaloux pour raviver la flamme?
«Certains peuvent être flattés de constater que leur partenaire plaît, mais c'est un jeu qui se joue à deux... et qui n'est pas toujours agréable. Encore là, ce stratagème cache de l'insécurité. On a besoin de prouver à son conjoint: "Regarde, je suis intéressante pour l'autre, alors occupe-toi de moi". Les émotions cachées sont la peur et le besoin de se faire rassurer sur l'amour que nous porte l'autre», renchérit la psychologue.
Faut-il être constamment sur ses gardes?
Dans ce monde où on nous apprend à nous méfier de tous et de «toutes», n'est-ce pas un peu normal d'avoir des craintes quant aux potentielles tentatives de séduction auxquelles il pourrait céder?
«Si on vit avec cette peur, si on a des doutes, si on a régulièrement besoin d'aller à la pêche pour vérifier l'affection de notre partenaire, c'est qu'on se trompe soi-même. Les bases doivent être plus solides», prévient Mme Mongeau.
N'est-ce pas une manière de se protéger que de garder des doutes?
Tout comme de poser des questions, de ne pas se fermer les yeux devant un numéro de téléphone suspect trouvé dans une poche?
Si on fait aveuglément confiance, la porte ne sera-t-elle pas plus facilement ouverte à une tromperie qu'on ne découvrira jamais?
«Ce n'est pas la jalousie, les questions et les soupçons qui permettront de rester éveillée sur une tromperie possible. L'honnêteté, le bon jugement, l'attitude positive, voilà des signes plus prometteurs. Être constamment dans le doute quant à la fidélité de l'être aimé pourrait le motiver à s'éloigner davantage...», soutient Mme Paule Mongeau.
Si notre conjoint nous a déjà trompé dans le passé, comment s'assurer que nos craintes ne sont pas fondées? «Évidemment, comme le dit l'expression: chat échaudé craint l'eau froide. C'est différent si le conjoint a des preuves à faire. Mais, encore là, une bonne communication est de mise... et on n'appelle plus ça de la jalousie. Il faut que ce dernier démontre qu'il a changé... Et on a le droit alors de poser des questions», admet la professionnelle.
Y a-t-il des trucs pour se départir de ce vilain défaut?
«Tout d'abord, il faut reconnaître qu'on a un problème avec la jalousie. Car, comme l'alcoolique, tant que ce dernier est persuadé qu'il n'a pas de problème avec l'alcool, il ne peut s'en sortir. On doit donc admettre qu'on est jalouse et, pour ce faire, s'avouer qu'on est obsédée par ce que fait l'autre, en dehors de nos activités communes et se rendre compte qu'on vit dans la peur de le perdre. Cette insécurité chronique est un signal d'alarme.
Deuxièmement, il faut augmenter son sentiment de confiance puisqu'il est la base du problème. Comment? En reconnaissant ses compétences. En faisant la liste de nos qualités, de nos bons coups. Ou simplement demander à notre conjoint de nous valoriser en tournant nos petits défauts en possibles qualités. Peut-être que ce qu'on aime le moins en nous est en fait quelque chose qui plaît à l'autre.
Enfin, utiliser son cerveau pour contrôler ses émotions. Il faut se raisonner; se remémorer toutes les fois où on a douté et où on a eu la preuve tangible qu'on avait tort. Cela servira à atténuer notre angoisse. D'ailleurs, le livre de Daniel Goleman, L'Intelligence émotionnelle, peut s'avérer une aide précieuse», conclut Paule Mongeau.
Paule Mongeau est psychologue et psychothérapeute depuis 1976. Elle travaille à Montréal, et à Laval en pratique privée, et est consultante pour une firme de PAE, Les Consultants Shepell ltée, depuis 1995.









