Roger Federer./AP

(98,5 sports) - Qui a dit que les athlètes n'étaient là que pour les millions de dollars? Sûrement pas les amateurs qui ont été témoins de la finale de Wimbledon, dimanche matin.

À défaut d’avoir été de très haut calibre, le match a été émotif au possible avec Roger Federer en larmes à la fin de la rencontre et encore plus avec un Marin Cilic incapable de cesser de sangloter à un certain moment du match.

Un texte de Mario Brisebois

Tous les millions de dollars (la bourse totale était de 34 millions et des poussières) ne valent pas des moments intenses de la sorte.

À propos, je ne suis pas encore sûr si Cilic était blessé physiquement ou s’il n’a pas plutôt craqué moralement à 6-3 et 3-0 en faveur de Federer.

Il n’y a pas ou très peu de sports aussi solitaires que le tennis, même devant 15 000 personnes et les millions d’autres devant leurs téléviseurs partout sur la planète.

Il n’y a surtout pas un coéquipier comme Tom Brady pour faire la passe, un Sidney Crosby pour récupérer une rondelle échappée et aller compter ou un cadet pour accompagner Phil Mickleson.

Au tennis, le joueur (ou la joueuse) est littéralement isolé (e) ou laissé (e) à lui-même (elle-même) et lorsque tu ne peux pas compter sur ton jeu A+, les scènes comme celles offertes par Cilic peuvent très bien arriver.

Meilleur que jamais

Y a-t-il quelqu’un qui a vu l’acte de naissance de Federer ?

Je pose la question parce que le Federer exhibe son meilleur tennis à vie, ce qui est anormal quand on sait qu’il aura 36 ans le 8 août.

L’aisance avec laquelle il évolue sur le terrain dépasse l’entendement.

D’accord, Cilic a connu sa pire journée au bureau en finale, mais les scores à sens unique de 6-3, 6-1 et 6-4 ne sont pas que le résultat de la déconfiture de son rival.

C’est du tennis énorme qui sort de la raquette de notre champion sans âge.

Pour montrer le brio, il existe plein de chiffres tous plus reluisants les uns que les autres, comme ce huitième titre à Wimbledon et ses 19 triomphes dans les grands chelems ainsi qu’une marque personnelle qu’il éclipse.

Permettez-moi d’ajouter une autre donnée rarissime : gagner sur le gazon anglais sans concéder une manche représente une première depuis Bjorn Borg en 1976.

L’intention ici n’est pas de faire le « psy », mais Federer aurait mérité que l’arbitre lui donne une boîte de mouchoirs à la fin lorsque la pression est sortie.

Il faut être exceptionnellement bon pour s’appeler Federer, mais extraordinairement fort aussi.

Rappelez-vous Wimbledon, il y a exactement un an.

Non seulement avait-il été éliminé en demi-finale par Milos Raonic, mais il était sorti de ce match sur une jambe.

On ne l’a pas revu pendant six très longs mois. Plus encore, lui-même a admis s’être profondément interrogé sur la suite des choses.

« Oubliez gagner Wimbledon... Pendant l’arrêt, je me suis même demandé si j’allais pouvoir y revenir un jour », a admis le plus grand de tous les temps, ce qui prouve qu’il revient de très loin.

Lui-même surpris

Malgré les doutes réels à l’égard de l’avenir, Federer poursuit et multiplie l’ajout des chapitres au grand livre de l’histoire.

En plus de Melbourne en janvier et de trois tournois ATP enlevés entre les deux, le revoilà roi de Wimbledon, ce qu’il qualifie personnellement de «too much».

Comment a-t-il pu déjouer les craintes et les appréhensions de tant de monde, y compris lui-même ? Il dit avoir travaillé très fort dans le gymnaste, avec le physiothérapeute et sur le terrain tout en restant positif.

« Quand tu crois que tu peux aller plus loin dans la vie, continue de rêver », a-t-il dit.

Federer a signé LA victoire de l’été au tennis pour les amateurs et l’ensemble du sport parce que tout le monde l’aime.

Et cela n’est pas qu’en raison de son talent, mais aussi de son attitude et de sa gentillesse comme après sa finale.

« Merci à ma famille (sa femme, leurs quatre enfants et ses parents étaient là), merci à mon équipe », a-t-il terminé en les pointant dans les gradins avant de quitter le terrain.

À noter qu’on dit un gros merci à Federer, un champion sans prix et sans égal comme il vient de le reconfirmer si bien une autre fois.