Photo: Archives The Associated Press Des centaines de suprémacistes ont manifesté à Charlottesville, réclamant la sécession des États américains du Sud, comme au XIXe siècle. / Photo: The Associated Press
Un extrait du discours du président américain, Donald Trump
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CHARLOTTESVILLE, Va. - Un véhicule a foncé sur une foule qui manifestait contre un rassemblement de suprémacistes, à Charlottesville, en Virginie, tuant une personne et en envoyant au moins 26 autres à l'hôpital.

Par ailleurs, un hélicoptère de la police de l'État de Virginie s'est écrasé, entraînant dans la mort un pilote et son passager. La police de l'État a indiqué que l'appareil surveillait le rassemblement au moment du drame.

L'acte fou d'un individu a exacerbé les tensions déjà fort vives qui ont fait sombrer cette ville universitaire dans le chaos provoqué par le plus important rassemblement d'extrémistes de droite depuis au moins 10 ans.

Donald Trump condamne ces violences

Le président Donald Trump a appelé à l'unité, lors d'une conférecne de presse livrée à compter de 15 h 30. Certains suprémacistes ont évoqué sa victoire électorale pour justifier leurs croyances.

«No matter our colour, our creed, our religion or our political party [...] We are all Americans first» («Peu importe notre couleur, nos croyances, notre religion, notre allégeance politique.. nous sommes tous Américains»), , a dit Trump. Une manière d'appeler à l'unité et au respect des différences.

La Maison-Blanche a gardé le silence pendant de longues heures, samedi, à l'exception de la publication de la première dame, qui a déclaré qu'il faut «communiquer sans haine dans nos coeurs», même si les États-Unis encouragent la liberté d'expression.

Donald Trump a déjà prêté le flanc à la critique pour avoir mis du temps à condamner des actes haineux commis en son nom.

Boucliers, armes à feu, cris, coups...

Quelques milliers de militants de la droite radicale (Alt Right) et de contre-manifestants étaient attendus à Charlottesville, en Virginie, dans le cadre du rassemblement «Unir la droite» («Unite the Right»). Cette manifestation pourrait être «le plus important rassemblement incitant à la haine du genre depuis des décennies aux États-Unis», selon le Southern Poverty Law Center, qui traque les mouvements extrémistes.

Depuis la fin de la matinée de samedi, des hommes vêtus d'uniformes de miliciens portaient des boucliers et des armes à feu. Certains partisans du rassemblement et des contre-manifestants hulraient, s'échangeaient des coups de poing, projetaient des bouteilles d'eau et se prenaient les uns les autres pour cible avec des pulvérisateurs de produits chimiques.

Le gouverneur de la Virginie, Terry McAuliffe, a déclaré l'état d'urgence pour faciliter «la réponse de l'État à la violence».

Durant ces vagues de violence, une voiture a foncé de manière apparemment délibérée dans une foule de marcheurs, en après-midi, trois heures après le début des violents affrontements.

Le blogueur de droite Jason Kessler a organisé ce rassemblement - qu'il a décrit comme «pro-blanc» - pour dénoncer la décision de la ville de retirer la statue du général Robert E. Lee, qui avait dirigé les forces des États confédérés lors de la guerre de Sécession.

Quelques milliers de militants de la droite radicale (Alt Right) et de contre-manifestants étaient dans les rues de Charlottesville, en Virginie, samedi. / Photo: The Associated Press

Le symbole du monument de Robert E. Lee

Après une marche au flambeau la veille, des nationalistes blancs se sont en effet rassemblés à Charlottesville pour protester contre la décision des autorités municipales de retirer d'un parc public la statue de Robert E. Lee, le général en chef des armées des États confédérés durant la Guerre de Sécession aux États-Unis.

Lee est pour de nombreux Américains un symbole fort de la «supériorité blanche». Bien que le rassemblement officiel était prévu pour samedi midi, des troubles sont apparus la veille. Cela dit, tout a dégénéré à partir de samedi matin.

En chantant et en scandant divers slogans comme «sang et terre» ou encore «un peuple, une nation, pas d’immigration», un grand groupe de personnes s’est retrouvé autour de la statue de Thomas Jefferson avant de se heurter à des contre-manifestants, hier soir.

La mouvance

Plusieurs membres du Ku Klux Klan (KKK) se sont déjà réunis à Charlottesville lors des derniers mois.

Le 8 juillet, des membres du KKK y avaient notamment manifesté, réclamant la sécession des États américains du Sud, comme c'était le cas avant 1865. Par la même occasion, ils protestaient contre le projet du gouvernement de retirer le monument de la Confédération.

Environ 200 citoyens ont quant à eux protesté à l’hôtel de ville contre la tenue d’une telle manifestation.

Selon un article de CNN, un millier de policiers ont été déployés au centre-ville pour tenter de maintenir l'ordre dans cette manifestation opposant suprémacistes et antiracistes.

Les autorités attendent de 2 000 à 6 000 manifestants de la droite américaine.

Les États confédérés

Rappelons que les États confédérés étaient une confédération d'États indépendante autoproclamée, née de la sécession des États du Sud des États-Unis d'Amérique, entre 1861 et 1865. Après la Guerre de Sécession (cette guerre civile opposait l'Union et la Confédération) perdue par les États confédérés du sud, ceux-ci ont été réintégrés au reste du pays. Mais certaines raisons menant au conflit, dont des différents profonds sur la question de l'esclavagisme, ont continué à nourrir un clivage important dans la société américaine.

L’ancien président américain Thomas Jefferson, qui a notamment milité contre l’esclavagiste et la ségrégation (bien qu’il ait eu lui-même des esclaves, il a fait passer une loi facilitant l'affranchissement personnel des esclaves en Virginie, en 1782) a habité Charlottesville.

Cette ville étudiante est considérée comme paisible et généralement «progressiste». Elle serait du moins libérale, au sens politique du terme. 80 % de sa population (47 000 habitants) ont voté pour Hillary Clinton.

Comme d’autres villes américaines, Charlottesville tente de se départir de son héritage sudiste.

De toute évidence, l’arrivée massive dans la ville de sympathisants aux valeurs de l’extrême droite risque de provoquer des heurts avec les citoyens et des représents de groupes anti-racistes.

(Avec CNN et The Associated Press)